Quand innovation rime avec coopération

 « No business is an island », titraient dans le Scandinavian Journal of Management de 2006, les économistes Hakasson et Snetoa, soulignant le rôle des réseaux dans l’organisation des activités d’une entreprise. Cette approche se trouve plus que jamais vérifiée, et l’entreprise Diager, spécialiste de la conception et fabrication de forets en constitue une belle illustration – cf. www.diager.com et www.diager-indusrie.com. Née dans les années 1960, cette entreprise familiale d’un peu plus de 380 salariés, nichée au cœur du Revermont à Poligny, est leader européen de la fabrication de forets béton et outils carbure pour l’industrie.

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La position concurrentielle et la pérennité de l’entreprise sont liées à sa capacité d’innover pour préparer les marchés de demain, pour capter de nouveaux clients, tout en conservant son outil de production en France. Cette innovation, l’entreprise la conçoit en prenant appui sur les ressources de son environnement comme nous l’ont expliqué Florent Gaillard, Directeur Commercial et Technique de Diager Industrie, Benoit Raussin, Responsable R&D Diager Industrie, et Marc Badey, Responsable R&D Diager SA.


 Comment Diager manage-t-elle son innovation ?

Diager dispose de deux centres R&D à hauteur de 4% de son chiffre d’affaires et a mis en place un management de l’innovation différencié selon les clients. En servant à la fois l’industrie au niveau de Diager Industrie (fabrication des outils pour l’industrie notamment aéronautique et automobile) et les marchés de l’outillage grand public avec Diager SA, il n’était pas concevable d’avoir une seule équipe R&D. La nature, la place et les objectifs de l’innovation ne sont pas les mêmes selon la nature des clients finaux, les produits à concevoir et à fabriquer. L’organisation de l’innovation, son management sont, de fait, différenciés, mais des échanges ont lieu régulièrement au sein du Centre d’Etude des Outils de Perçage. Cela étant, l’ouverture sur l’environnement est un point commun aux deux équipes. 

 Le syndrome du « Not Invented Here », ce n’est pas pour vous ?

Difficile pour une PME de rester compétitive au niveau international en ne s’appuyant que sur ses ressources internes. On ne peut maitriser toutes les données, notamment scientifiques, d’un problème. Pour autant, cela ne veut pas dire que nous nous « reposons » sur les compétences extérieures à l’entreprise. Nous avons en interne les ressources qui nous permettent de nous retourner vers l’extérieur de façon pertinente. Ceci est important pour favoriser un dialogue fructueux avec nos partenaires. Nos partenariats nous apportent des moyens techniques, mais aussi une matière grise diversifiée.

 Pouvez-vous nous donner quelques exemples de partenariats en matière de recherche ?

Les collaborations se font à différents niveaux et dans plusieurs directions, notamment avec l’enseignement supérieur, les laboratoires de recherche universitaire, les institutions publiques. Nous avons travaillé par exemple avec un stagiaire en Master Innovacteur de l’UTBM pour mettre en place des outils d’une conception à l’écoute du client. Cela nous a amené à réfléchir sur la place du marketing dans le processus d’innovation et sur les modalités de captation des besoins des clients et plus largement sur les problématiques de protection industrielle. Nous travaillons également fréquemment avec les laboratoires de recherche publique afin de lever les barrières technologiques au niveau des revêtements par exemple. Nous accueillons ainsi régulièrement des ingénieurs en thèse de doctorat, issus de l’UTBM à Belfort, des ENSAM de Metz ou Cluny, mais nous travaillons aussi avec le CETIM ou l’école d’ingénieurs de Saint-Dié. Ceci dit, la thèse de doctorat est un format intéressant qui permet de travailler de façon approfondie sur des projets de moyen terme (à trois ans) comme c’est le cas par exemple sur nos problématiques d’usinage du titane. Ainsi le projet IMPACT « Innovation pour la Maitrise du Perçage Assemblage du Carbone Titane » a été initié pour faire face aux nouveaux besoins d’Airbus lié à l’utilisation des nouveaux matériaux, notamment le titane. Le travail sur les outils et leur revêtement s’est fait avec plusieurs équipes au niveau de l’UTBM (M3M et LERMPS de l’IRTES). Et nous avons travaillé, de façon complémentaire, avec un thésard encadré par le Laboratoire de Physique des Matériaux Mécaniques de l’ENSAM-Metz, sur les analyses de températures de coupe dans le titane. Il y a des sujets qu’en tant qu’industriel on ne peut conduire par manque de temps, de moyens. En tant qu’industriel on est plus dans la recherche « fonctionnelle » ou « opérationnelle ». Mais on a besoin de recherche plus fondamentale lorsque l’on doit prouver à nos clients industriels notre capacité à répondre à leurs attentes, comme c’est le cas avec Airbus. Donc, pour la recherche plus fondamentale on se retourne vers les laboratoires publics. Mais il faut bien se rendre compte que plus on s’approche de la recherche fondamentale plus grande est l’incertitude quant aux résultats obtenus.

 Vos partenariats sont-ils exclusivement en direction de la recherche et de l’enseignement supérieur ?

Non. On a également des partenariats avec nos fournisseurs auxquels nous soumettons notre problématique. Nous réfléchissons aussi à la structuration de notre démarche en matière de propriété intellectuelle avec l’INPI et l’ARIST. Il est important de gérer la confidentialité dans les travaux de thèse et de délimiter ce qui pourra faire l’objet d’une publication scientifique et ce qui devra être maintenu secret.

 Tout est-il pour le mieux dans le meilleur des mondes ?

Non, bien sûr. Tout d’abord, il n’est pas aisé de trouver les « bons » partenaires. Cela prend souvent du temps et ce temps n’est pas forcément valorisé. On identifie des compétences de laboratoires en fonction des problématiques technologiques qui nous émergent de nos clients. C’est un peu un jeu de piste où de fil en aiguille on va finalement aboutir au contact le plus pertinent. Il est important de trouver le bon contact dans une institution afin d’éviter d’être noyé dans ce qui peut sembler une usine à gaz de l’extérieur, d’identifier les bons relais au sein des structures, le chercheur qui va vous guider vers ses collègues. Ce jeu de piste se heurte de plus en plus à une réelle difficulté qui est de trouver des compétences dans les domaines de la mécanique qui nous intéressent. Le travail de recherche coopératif c’est aussi un processus d’essais-erreurs. On ne gagne pas à chaque fois, il faut le savoir, mais on apprend à coup sûr. Il se peut que l’on soit parfois un peu déçu de constater qu’une recherche ouvre davantage sur d’autres pistes de recherche que sur des applications industrielles. Mais les projets collaboratifs peuvent être de vraies réussites.


Contact

-          Agence Régionale d’Information Stratégique et Technologique de Franche-Comté – http://www.franche-comte.cci.fr

-          Institut National de la Propriété Industrielle – http://           www.inpi.fr

-          Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers – http://www.metz.ensam.fr

-          Université de Technologie de Belfort-Montbéliard – http://www.utbm.fr

 



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